Pluralité scientifique

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©Jean-Yves TOUSSAINT

 

Depuis le début des années 1990, les chercheurs rapportent une évolution profonde du phénomène urbain. A la ville structurée par un centre et une périphérie, succèdent des espaces urbains multipolaires, plus ou moins intenses, façonnés par les réseaux (de transports, d’information, etc.) et supports de pratiques et d’expériences qui vont bien au-delà de celle qui impliquait le corps du passant dans une promesse d’émancipation toujours renouvelée. Ce phénomène « urbain généralisé » se caractérise par une accélération du rythme de l’urbanisation et par le développement des villes de toutes tailles, même si l’attention est souvent focalisée sur les plus grandes des métropoles. Si l’urbain se généralise, les mondes urbains sont très différenciés (mégapole, « second city », ville moyenne, réseau de villes, agglomération, etc.) et cette diversité est encore aiguisée par la montée en puissance des questions environnementales et écologiques.

La pluralité scientifique constitue sans doute l’une des caractéristiques originales et inédites de la programmation scientifique du LabEx IMU, notamment sa radicalisation avec la mobilisation des savoirs de l’action par l’implication des praticiens des entreprises. La communauté de recherche formée par IMU comprend à part relativement égale des chercheurs issus du groupe formé par les sciences sociales et les humanités et des chercheurs en sciences naturelles et en ingénierie & technologie. Tous les membres d’IMU revendiquent un intérêt pour les question urbaines, chacun à partir de son champ scientifique.

La multidisciplinarité constituant IMU ne vise en aucun cas le « mélange » disciplinaire. Il ne s’agit pas non plus de former une « culture » commune et moins encore d’« hybrider » les épistémologies et les méthodes. Au contraire même, les collaborations entre les différentes communautés disciplinaires ne sont possible si et seulement si les différences existent.

La pluralité scientifique permet à toutes les disciplines d’interroger les autres dans l’effort de compréhension d’objets ou de phénomènes de plus en plus compliqués (ou complexes) et dont les dimensions ne peuvent être saisies à partir d’une seule entrée. Il s’agit de favoriser les « décentrements » disciplinaires pour poser les problèmes autrement, et donc d’ouvrir sur des connaissances nouvelles, sur des solutions inédites et créatives et des paradigmes différents.

La question de la pluralité scientifique était au coeur des Journées IMU 2015 avec des retours d’expériences de chercheurs et des exemples de résultats concrets de pluralité scientifique issus de projets de recherche financés par IMU. Extraits de ces échanges.

 

La réflexion autour de ces problèmes est à l’origine du Laboratoire d’Excellence « Intelligences des Mondes Urbains », basé sur la pluralité scientifique. Cette dernière s’est non seulement imposée pour tenter de répondre aux enjeux d’analyse et de conception des mondes urbains, de leur histoire, de leur actualisation et de leur devenir, mais elle s’est radicalisée, en impliquant en plus des chercheurs, les praticiens porteurs des savoirs de l’action quotidienne.

La question n’est pas d’unifier les sciences mais d’organiser une démocratie scientifique ouverte, en instituant un lieu de délibération entre les différentes sciences qui ont « l’urbain » en commun, et en assumant aussi que ce bien commun est aussi celui des praticiens, qui agissent et organisent les mondes urbains.

Avec cette implication des praticiens, la pluralité scientifique se nourrit de la volonté et de la capacité à mobiliser plusieurs interprétations formelles autour d’un objet commun, pour des perspectives inédites et innovantes de coopération entre acteurs de l’urbain.
Les membres du LabEx font ainsi le pari de l’apprentissage toujours renouvelé de la différence et de la pluralité des énoncés (apprentissage de l’altérité), de l’obligation de l’écoute et du partage des savoirs, de l’obligation de discuter et d’être discuté et partant de l’apprentissage et de l’expérience du discernement comme capacité à évaluer la scientificité des énoncés relevant d’autres champs scientifiques et d’autres épistémologies et à discerner entre sciences, idéologies et croyances.

Une seule discipline scientifique ne peut suffire à analyser les processus qui, comme l’urbanisation, relèvent de l’intéraction d’une multitude de facteur.
La communauté IMU est ainsi formée de 29 partenaires de recherche, 29 disciplines (CNU), 530 enseignants-chercheurs et chercheurs permanents avec une palette disciplinaire riche et complémentaire.