Chaire ODTSU

Objets et dispositifs techniques et spatiaux dans l'action, questions transversales

Les capacités d’agir, de penser, d’imaginer, qu’elles soient individuelles ou collectives, dépendent des objets et dispositifs techniques disponibles et mobilisables. Les objets et dispositifs techniques constituent donc autant de licences d’action, de possibilités de pratiques à qui peut et sait s’en saisir. L’accès aux objets est donc, de ce point de vue, une question éminemment politique, social, économique, environnemental.

De quelle manière les objets orientent-ils les activités individuelles et collectives ? En quoi les « innovations », les « créations » participent-elles aux changements des pratiques individuelles et collectives ? Ces changements sont-ils au cœur des processus d’« innovation » et de « création » ? Comment sont-ils appréhendés dans les processus de conception, d’invention ?

 

Les dispositifs organisationnels de l’urbain

Les objets et dispositifs techniques n’apparaissent pas d’eux-mêmes dans le monde, ils sont produits, entretenus, et font l’objet d’attentions constantes. Aussi, leur existence implique une multitude d’organisations: entreprises, industries, etc. La création d’un objet est ainsi assortie d’un renouvellement organisationnel, et d’une modification plus ou moins importante de régimes économiques.

Comment la fabrication et l’usage des objets et dispositifs techniques « organisent » -ils, structurent-ils les organisations ? Comment participent-ils de leurs évolutions ? de leurs caractéristiques économiques ? De leurs caractéristiques internes (rapport sociaux, niveaux de hiérarchies et coordination, bureaucratisation, processus décisionnel, structure du capital, etc.) ?

 

Le principe de responsabilité

Si les objets offrent des licences d’action, ils en limitent d’autres. De fait, ils ouvrent, dans le réel, des possibilités d’agir et ce faisant, ils confrontent les individus et les collectifs à leurs propres limites et aux conséquences de leur action. En cela, ils peuvent contribuer à la prise de conscience des effets d’un acte et donc induire un certain sens des limites, de la limitation (autolimitation dans les usages) et donc un sens des responsabilités.

La conduite d’un véhicule en est un bon exemple. Au-delà de l’image individualiste de la pratique, conduire demande de porter attention à l’autre, d’anticiper ses actions et réactions, d’être attentif à son environnement dans un souci de sécurité pour soi et autrui.

De quelle manière et selon quels processus les objets et dispositifs techniques peuvent-ils participer à l’éthique de l’action (liberté d’agir, autolimitation, convivialité et civilité) ? En quoi les objets et dispositifs techniques participent-ils de la responsabilité (responsabilisation) individuelle et collective ?

 

Équité, accessibilité et inégalité sociale

Nous avons fait l’hypothèse que les objets et les dispositifs techniques sont réputés assurer notre capacité d’action. L’accès aux objets peut alors constituer un problème :
– Sommes-nous égaux pour accéder aux objets et dispositifs techniques (modalités par lesquelles nous pouvons user des objets et dispositifs) ?
– Sommes-nous égaux devant les capacités d’action qu’ouvrent les objets et les dispositifs techniques (habileté à user des objets et dispositifs techniques) ? ;

Il s’agira de s’interroger sur les questions d’accès (habileté et modalités d’accès) pour interroger la réalité d’une démocratie technique ou de sa possibilité. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux « inégalités » sociales ou « différentiations et complémentarités » sociales relevant de l’accès différencié aux objets et dispositifs techniques. Il s’agira ainsi de faire le lien entre capacité d’action, objets, dispositifs techniques et situations sociales (genre, groupes sociaux, âges, handicaps, etc.).

 

Convivialité et dépendance

La question de la convivialité, à partir des travaux d’Illich est attachée aux objets à leur capacité à servir, à favoriser l’activité et l’action de ceux qui s’en servent. L’objet convivial est l’objet juste, celui qui ne requiert pas de celui qui s’en sert la moindre dépendance, ni pour l’acquérir ni en l’utilisant. L’objet est convivial en ce qu’il augmente la capacité et l’autonomie de celui qui en use.

Qu’en est-il de la convivialité pour les objets et dispositifs techniques de l’urbain, en particulier quand ces objets deviennent connectés, partie prenante des immenses réseaux qui forment les Smart Cities ? Il s’agirait dans le cadre de l’analyse de ces nouveaux objets de développer les différents aspects de la convivialité, de voir les régimes axiologiques qui lui sont accolés. Que deviennent la convivialité et les régimes axiologiques afférents dans le cas des Smart Cities ?

Les villes de l’ère du numérique consistent en une multitude d’objets et de dispositifs techniques et spatiaux . Aussi, dans ce travail, l’enquête s’intéressera à quelques objets emblématiques et largement représentés dans les différents supports de valorisation de ces objets (publicités, panégyrique de ces technologies, etc.).