Studio IMU Expériences sensibles & recherche urbaine

Réflexion

Les chercheurs à l’initiative du studio ont fait le constat de liens entre sciences et arts dans les différents domaines de connaissance concernant leur objet de recherche : l’urbain.

Ces liens, au-delà de protocoles ou méthodes intégrés dans le régime cognitif du savoir qui a cours dans la production de la recherche académique, sont pressentis comme une ouverture, un appel pour un passage à un régime esthétique expérientiel du savoir.

Le studio IMU Expériences sensibles et recherche urbaine vise à trouver et développer les conditions d’expérimentation de dimensions sensibles de la ville tout en les croisant avec les travaux de recherche issus des sciences (sciences humaines, de la philosophie, de l’histoire et de l’architecture, etc.).

Le studio s’appuie sur la pluralité scientifique développée par IMU et est alimenté par une dynamique collective, il a pour ambition d’explorer ce champ de l’expérience sensible.

Le studio élabore des cheminements pluridisciplinaires de recherche qui ont comme point de convergence les approches in situ mettant l’espace urbain à l’épreuve des sens (vue, audition, kinesthésie…) :

  • d’une part, le sensible déjà là par un inventaire d’expression montrant la diversité des des formes du sensible ;
  • d’autre part, le sensible en cours de constitution par la compréhension des logiques de production à travers différents médias.

Approche sensible et ouverture méthodologique de la recherche :

Les chercheurs du studio revendiquent le terme d’approche, qu’ils préfèrent à celui, plus académique, de méthodologie. Le sensible n’autorise pas une fixation des logiques de connaissance et de savoir uniquement dans les protocoles traditionnels de la science. Il ouvre une attitude de recherche qui se caractérise par les notions de dispositif (comme élément de réception et de captation du sensible), de démarche comme mise en œuvre spécifique d’outils appropriés à un terrain donné.
L’ouverture de ces notions permet de les adapter aux caractères fluctuants des terrains urbains. Les espaces urbains ne sont pas figés dans leur représentation et leur perception sensible. Ils développent des esthétiques de circonstances dont il faut tenir compte pour comprendre leur émergence et étudier les conditions de production.

Une des caractéristiques généralement admise du sensible est sa relation à la construction individuante de la subjectivité.
Le sensible, c’est d’abord ce qui est éprouvé par un corps singulier particulier. Il renverrait à une expérience forclose difficilement partageable sinon sous forme de constitution d’objets esthétiques spécifiques (l’œuvre d’art, les objets du design…) renvoyant à un jugement de goût modélisé par l’esthétique à partir du XVIIIe siècle.
Cette expérience immédiate du sensible comme sensibilité fait souvent oublier que le sensible comme sensation est un terrain commun des perceptions. Le sensible est aussi une expérience culturelle partagée. Au-delà du sensible commun où l’approche individuelle est en général favorisée, le studio se propose d’explorer des types de production collectifs.
Le studio se situe à la croisée de cette individuation par le sensible et l’établissement d’un sensible partagé que l’expérience sensible doit pouvoir, par le biais de propositions, devenir une expérimentation du sensible.

Pratiques de la recherche par des outils du sensible :

C’est dans les pratiques esthétiques (art, photo, design, cinéma, musique…) que les membres du studio cherchent des manières de penser et de faire, en accordance avec les logiques de la recherche.
Il s’agit d’intégrer les usages et manières de ces pratiques dans la recherche, non pas pour les prendre comme objet de recherche mais pour faire de la recherche avec elles.
Certaines pratiques mises en œuvre ont ce caractère d’être des éléments de documentation du sensible et également des éléments de production d’un sensible organisé par l’utilisateur des outils. L’histoire des pratiques de recherche permet d’envisager certaines approches du sensible dont certains cas sont déjà en usage, on peut citer à titre d’exemples :
- La photographie, qui sert à la fois à enregistrer le sensible perçu et à l’organiser (on passe du document au documentaire) ; la représentation imagière (photo, dessin, etc.) nourrit depuis longtemps une pratique de notation visuelle de chercheurs dans certaines disciplines (anthropologie, ethnologie, sociologie, archéologie, géographie, etc.) et permet également la construction d’énoncés scientifiques.
- La phonographie qui, de la même manière, sert à capter l’ambiance sonore et à la restituer tout en interrogeant ses statuts ou à lui donner un autre statut (passage du bruit au son).
- Enfin des pratiques d'écriture immersives qui bouleversent la manière de formuler l'expérience par les mots (passage des mots et du langage au quotidien, au langage académique, et à la poésie).

Le studio préfigure ainsi une logique d’observatoire du sensible qui pourra devenir à terme une forme complémentaire à l’atelier du plasticien et au laboratoire du chercheur.

 

Objectifs du studio

Il s’agit pour le studio de construire un certain nombre de propositions à partager avec l’ensemble de la communauté IMU. Ces propositions, au sens fort du terme, sont des objets de dialogue pour construire des approches interdisciplinaires.
- Produire des outils d’analyse du sensible à partir de cas d’études particuliers : Grandclément, Fromentaux, friches à Saint-Etienne. La particularité de ces terrains communs à plusieurs membres du studio permet le croisement de différents médias et des approches collectives.
- Etudier les formes et figures urbaines du sensible en connivence avec l’aide de plasticiens, de metteurs en scène, d’écrivains, de photographes, de musiciens, de designer sonore.
- Confronter les pratiques de recherche et leurs productions et analyser les liens science-art.
- Développer des logiques d’intégration de la question du sensible dans les étapes de la recherche : rôle des pratiques de captation-production de sensibles en relation avec des pratiques de recherche (étude de la situation du photographe-chercheur par exemple), confrontation aux champs de recherche émergents de la recherche-création et des études de la performance comme manière de produire de la connaissance (performance studies).
- Faire reconnaitre dans le milieu académique les approches sensibles comme aussi performantes et riches que celle de l’écrit universitaire classique.
- Partager avec les partenaires aménageurs les pratiques expérimentées pour les intégrer aux logiques de projets d’aménagement de l’urbain.
- In fine, produire une épistémologie des formes sensibles dans la recherche urbaine.

Membres

Anne-Sophie Clémençon (ENS de Lyon-EVS)
Kader Mokaddem (ESADSE-IRD)
Laëtitia Mongeard (Université Lyon 2-EVS)
Michel Rautenberg (UJM-CMW)
Claire Revol (IGA-PACTE)
Cécile Regnault (ENSAL-EVS_LAURE MCC)

Autres chercheurs IMU impliqués :
Manuel Appert (EVS)
Thierry Joliveau (EVS)
Danièle Méaux (CIEREC)
Jean-Claude Paillasson (IRD)
Vincent Veschambre (EVS-Rize)

Chercheurs associés :
Jordi Ballesta (CIEREC)
Jeanne Drouet (CMW)
Mylène Pardoen (ISH)
Artur Rozestraten (FAU-USP)

Artistes partenaires :
Compagnie KompleX Kapharnaüm
Thomas Destaing (ESADSE-IRD)
Diane Lentin (ESADSE-IRD)
Emmanuelle Vernin (ESADSE-IRD)

Praticiens partenaires :
AADN Communauté de Communes de la Plain de l’Ain
Le Rize
Pascal Humeau (Conseil Formation Amiante)

Activités du studio

- Pratiques exploratoires du sensible sur site :

  • démarche d’observatoire du sensible dans le cadre du site-atelier Grandclément (Villeurbanne) avec préfiguration lors du colloque ICHT : expérimentations sonores, visuelles, textuelles, physiques et numérique…
  • collectif photographes-chercheurs à Fromentaux (Ain) ;
  • terrain à venir sur friche industrielle à Saint-Etienne en préparation de la biennale de design 2019.

- Exploration de l’existant :

  • Veille scientifique et échanges/partenariats (CIEREC, Arles…),
  • Exposition Vergara à l’horizon 2018 couplée avec un workshop sur Lyon et Saint-Etienne.

- « Sensibilisation » de la communauté IMU :

  • Communication/valorisation des activités menées,
  • Rencontres avec les porteurs de projets et des chercheurs IMU pour interroger l’apport d’expérimentations sensibles.

- Activités d’apport au champ scientifique:

  • Partenariat/réflexion comparative avec les partenaires brésiliens (USP), NB Cofecub ;
  • Propositions relatives à l’archive et la diffusion des matériaux : photothèque Diderot, pistes de réflexion pour le géo référencement et la cartographie des images;
  • Organisation de rencontres et de conférences-débats avec des plasticiens travaillant sur l’urbain et diffusion des enregistrements vidéo
  • Enquête ethnographique sur les photographes stéphanois.

Projets et actions menés par le Studio